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samedi 11 mars 2017

NOUVEAUX EXTRAITS : Vienne 1938 & Nuremberg 1945





VIENNE 1938
Acte 1 Scène 3
(Albert, Hermann, la servante juive)

Eclairage nuit sous le balcon. Albert et Hermann Göring entrent en scène chacun un verre à la main. Albert porte un simple pardessus, Hermann son imperméable cuir de la Weirhmart.

Hermann : Merci pour ton accueil. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de nous revoir. Tu féliciteras aussi ta cuisinière, c’était un régal.
Albert : Ça m’a fait aussi plaisir de te revoir…La prochaine fois, essaye toutefois d’amener moins de soldats nazis devant ma porte.

Hermann sourit mais balaye d’un revers de la main la remarque.

Hermann : Ah ! Je sais que tu n’apprécies pas tout ceci. Mais tu n’y connais rien en politique, tu n’y as jamais rien compris.
Albert : Ou j’y comprends trop bien au contraire…
Hermann : Dis-moi plutôt comment tu vas ? As-tu bien reçu ma carte de condoléances pour Erna ?
Albert : Oui. Merci. Ça m’a beaucoup touché. Son cancer a été très éprouvant pour elle.
Hermann : J’ai vécu la même chose avec Carin. Le destin est parfois cruel.
Albert : Oui.

Un temps. Hermann regarde son frère qui se déplace légèrement à cour.

Hermann : Si tu me disais pourquoi tu m’as fait venir dans ce jardin ? Les nuits de Vienne sont plutôt fraîches en cette saison mais je doute que ce soit pour discuter de la température.
Albert : Je ne voulais pas que tes deux sous-officiers entendent ce que j’ai à te dire.
Hermann : Expliques-toi. C’est à propos du chancelier Von Schuschnigg ? Je l’ai fait libérer à ta demande et il est désormais en résidence surveillée.
Albert : Oui et je t’en remercie. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit.
Hermann : Quoi d’autre alors ?
Albert : As-tu idée du climat de terreur qui règne à Vienne depuis quinze jours ?
Hermann : Qu’est-ce que tu racontes ? La plupart des Autrichiens sont ravis d’être enfin rattachés à la grande Allemagne.

Albert jette un œil vers le balcon où l’on  distingue des silhouettes derrière le rideau discutant, entre elles.

Albert : Je parle des juifs. (Plus bas) Ils vivent dans la peur. Beaucoup viennent me voir, me demandant un visa pour quitter le pays ou simplement ma protection…Ils ont fui l’Allemagne à cause des persécutions et ils revivent la même chose ici.

Encore une fois, Hermann balaye d’un revers de la main ses inquiétudes.

Hermann : Tu exagères.
Albert : Certains sont déportés. Je ne peux protéger tout le monde.
Hermann : Uniquement des opposants politiques. Je le sais, j’ai créé moi-même ses camps.
Albert : Tu sais très bien que c’est faux. Certains qui y sont enfermés n’ont jamais fait de politique de leur vie.
Hermann : Les faits que l’on te rapporte sont grandement exagérés, crois-moi. Je ne dis pas qu’il n’y a pas quelques débordements mais…

Une servante arrive timidement avec deux nouveaux verres et une bouteille à cour.
Les deux hommes posent leurs verres vides et se servent eux-mêmes.

Hermann : Merci, Frauleïn.
La servante : Désirez-vous autre chose, Herr Göring ? Cigare ?
Albert : Non, merci Sarah. Pas pour moi. Hermann ?

Celui-ci secoue négativement la tête en jetant un bref coup d’œil à la servante.

Albert : Rentrez. Vous êtes à peine couverte. Dites à ces messieurs que nous arrivons dans une minute.
La servante : Bien, Herr Göring.

Elle sort après une fragile courbette.

Hermann : Sarah ? Tu emploies une domestique juive ?
Albert : Oui. Elle avait perdu son emploi la semaine dernière.
Hermann : Généreux de ta part mais en effet, tu ne pourras pas tous les aider. Je viendrais avec moins d’officiers la prochaine fois…C’est un peu embarrassant cette femme juive sous ton toit.
Albert : (Plaisantant) Je pense engager d’ici peu un majordome…Isaac.
Hermann : Tu en serais bien capable. Si ça te plaît de jeter ton argent par les fenêtres, c’est ton problème.
Albert : En effet. Rentrons.
Hermann : Ya. Je dois regagner Berlin demain

Albert sort à jardin. Herman reste au centre de la scène.

 
NUREMBERG 1945
Acte 1 Scène 4
(Hermann, l’officier américain, voix off d’un garde)

Lumière au centre. L’officier américain s’avance jusqu’à lui et récupère son verre et sa casquette de Reichmarshall qu’il emporte en coulisses.
Hermann Göring  retire son imperméable en cuir, il porte dessous un vêtement de prisonnier. L’officier américain revient et récupère son imperméable avant de repartir.

Hermann tourne en rond de manière nerveuse et désordonnée. Il s’arrête et parle face public.

Hermann : Pourquoi n'ai-je plus le droit de prendre mes repas avec les autres prisonniers ? Pourquoi m'isole-t-on ainsi ?
Voix off du garde : Nous avons estimé que vous aviez une mauvaise influence sur les autres...
Hermann : Les autres...Pour la plupart,  je n'avais jamais entendu parler d'eux avant d'être mis en prison. Tout ceci est absurde. Tout ce procès est ridicule.
Voix off du garde : Vous trouvez ridicule le film que nous avons passé sur les camps de concentration ?

Lumière à cour. Il va s’asseoir sur une des chaises. Entre-temps l’officier américain revient avec ses dossiers à jardin.

Hermann : J'assume les responsabilités des actes officiels du gouvernement. Mais en ce qui concerne les programmes d'extermination... je n'en ai jamais rien su. Il y a eu des rumeurs à l'époque mais je n'y ai jamais cru. Je pensais à de la propagande ennemie.

L’officier américain s’assoit à la table face à lui.

L’officier américain : Vous êtes à l'origine des lois antisémites et des camps de concentration. Vous avez votre part de responsabilité dans l'extermination des Juifs. Sans ces lois et sans ces camps, peut-être il n'y aurait pas eu tous ces massacres...
Hermann : Je vois où vous voulez en venir...

Hermann Göring se détourne et se met à ricaner.

L’officier américain : Vous trouvez cela drôle ?
Hermann : (lui faisant face) Vous essayez de me faire endosser le meurtre de tous ces Juifs... mais je trouve le reproche mal venu de la part d'un homme dont le  pays n'a pas hésité à lâcher la bombe atomique sur Hiroshima !
L’officier américain : Nous étions en guerre ...
Hermann : La belle affaire ! J'ai fait construire ces camps de concentration en 1933 pour les communistes et autres ennemis du Parti mais certainement pas dans l'idée de les utiliser comme camps d'extermination ! Quant aux lois antisémites dont vous sous-entendez qu'elles sont à l'origine de ces atrocités... (Il se lève et s'éloigne de nouveau, allant jusqu’à cour, où il passera sa main sur le mur) laissez-moi vous dire une chose : les officiers de race noire dans votre armée, ont-ils le droit de commander des troupes au combat ? Ont-ils le droit de prendre les mêmes bus que les blancs ? Les lois sur la ségrégation dans votre pays et les lois antisémites dans le mien ne sont pas tellement différentes. Depuis la première guerre jusqu'à l'arrivée d'Hitler, les commerçants juifs ont constamment ébranlé l'économie allemande et l'identité de la mère Patrie. Voilà pourquoi nous avons fait ces lois antisémites ![1]
L’officier américain : Vous devrez en répondre quand même devant ce tribunal.
Hermann : Ce procès est une mascarade, notre sort est déjà réglé. Je le sais et vous le savez aussi !

L’officier secoue la tête d’un air dépité et se penche dans ses dossiers.

L’officier américain : J’aimerais que l’on parle de votre frère et de sa nomination aux usines Skoda.
Hermann : Mon frère…Albert ?
Voix off du garde : Allez-vous rasseoir !

Hermann Göring retourne à sa chaise.

Hermann : Que voulez-vous savoir ? Mon frère n’était pas membre du Parti.
L’officier américain : Nous le savons. Mais c’est vous qui l’aviez fait nommer comme directeur des exportations aux usines Skoda en Tchécoslovaquie, il avait donc des affinités avec le Parti.
Hermann : Nein !
L’officier américain : Ce genre de poste était réservé aux hauts dirigeants du Parti Nazi, vous avez forcément usé de votre pouvoir pour le placer. Nous savons que vous l’avez rencontré en Italie peu de temps avant sa nomination.
Hermann : Nein ! Je n’ai rien à voir dans ceci. Je l’ai en effet rencontré. A l’époque, il travaillait dans la branche italienne de la Tobis Sascha Film à Rome. J’étais à San Remo en visite officielle, il est venu me prévenir qu’il avait accepté cette promotion professionnelle. Par pure courtoisie car j’étais le chef de famille.
L’officier américain : Il est venu vous prévenir…par courtoisie ?
Hermann : Je veux bien croire que celle-ci n’a jamais existé dans votre pays mais chez nous elle est restée dans les traditions.
L’officier américain : Je suis sûr que les survivants des camps en sont convaincus.

Agacé, Göring balaye d’un revers de la main la remarque de l’officier américain.

Hermann : C’est Bruno Solezcki, un ami de la famille depuis de longues années, qui l’a proposé au directeur Vilém Hromádko. Albert a toujours été un opposant au Parti, ils ont dû penser que sa présence serait un atout précieux dans leur entreprise. Les tchèques n’étaient pas ravis d’être passés sous l’autorité Allemande. Et de la mienne. J’étais responsable du réarmement du pays. Les armes qui sortaient de la manufacture Skoda étaient très réputées.
L’officier américain : Bruno Solezcki ?
Hermann : Oui…vérifiez.
L’officier américain : C’est le nom que m’a donné votre frère, il y a une heure.
Hermann : Ah ! Vous voyez… (Plus posé) Laissez donc Albert tranquille…Vous ne courez pas après le bon Göring.

Noir à cour et au centre.


[1] Partie du dialogue tirée du film "Nuremberg" réalisé par Yves Simoneau.

mardi 17 mars 2015

PRESENTATION

ALBERT, LE BON FRERE
 (4 FEMMES - 4 HOMMES) Distribution minimale
Pièce en 3 actes
Protégée à la SACD depuis le 01/02/2008
Seconde version écrite entre février et mars 2015

Durée : 100 minutes environ
Public : adultes et adolescents
L'histoire : Une survivante des camps de concentrations évoque la vie d'Albert Göring qu'elle tient de son père.
Albert Göring, anti-nazi, aurait usé de son influence et du pouvoir de son frère pour sauver des juifs puis des résistants Tchèques durant la seconde guerre mondiale.
Albert était le frère d'Hermann Göring, le bras droit d'Hitler. Un survol de sa vie depuis 1933 à sa mort en 1966. Il n'a jamais été réhabilité pour ses actes à cause de son nom.

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Commentaires de l'auteur

L'IDEE: L'histoire de la seconde guerre mondiale m'a toujours intéressé. Je me revois à une dizaine d'années, écoutant les anecdotes de mon grand-père qui avait fait la seconde guerre mondiale. Après avoir vu le film "le Roi des Aulnes", j'ai voulu me pencher sur Hermann Göring, que je trouvais dans le film déroutant, totalement coupé de la réalité par rapport aux événements que je connaissais et finalement fascinant. Il faut dire que l'acteur, Volker Spengler a été pour beaucoup dans ce déclic, tant son interprétation de Göring fait penser à un ogre des temps modernes. Il est dépeint dans le film comme un grand seigneur de domaine, capricieux et colérique, amateur de chasse, diamants et œuvres d'art. Ce qui est très proche de la réalité historique, en fait.

Volker Spengler dans le rôle d'Hermann Goering- le roi des Aulnes de Volker Sclöndorff
Attention, aucune compassion pour le bonhomme, mais sur les Nazi qui entouraient Hitler c'était sans doute le plus intéressé par le luxe et le pouvoir que par l'idéologie antisémite malgré qu'il soit à l'origine des premières lois antisémites qui ont sévit en Allemagne avant la guerre. Puis vers la fin de la guerre, il semblait, la morphine aidant, de plus en plus dans sa bulle et de moins en moins connecté à la réalité.
C'est du moins ce que j'ai conclu en creusant son histoire et en évitant les pièges du manichéisme primaire lors de mes lectures.
Et de ce fait, une recherche sur Internet m'a fait connaître son frère, Albert.
Le bon frère.
LA SECONDE VERSION
 
Véronique Lhorme et ses deux comédiens principaux
La seconde version a été écrite entre février et mars 2015, suite au documentaire, diffusé sur Planète +, de Véronique Lhorme, "Le dossier Albert Göring", auquel j'ai eu la chance d'aller, en visite éclair, pendant le tournage à Lyon en février 2014. Je me suis rendu compte que les maigres informations en 2008 étaient incomplètes voire obsolètes. Je me suis donc penché sur le documentaire et ai livré une version allégée, moins contemporaine dans ses allers-retours entre présent et passé.
Nouvelle scénographie et moins de personnages. En état actuel, elle peut être jouée par 4 femmes et 4 hommes. Libre aux troupes de "gonfler" la distribution pour éviter les triples rôles.

LA PREMIÈRE VERSION, DIFFICILE A MONTER.

La première version n'a été à ma connaissance jouée qu'une seule fois.

Les Apprentis Comédiens l'ont présentée en fin de cycle en juin 2009 avec les moyens du bord mais une énorme motivation. Merci à eux.

La pièce comportait de nombreux doubles et triples rôles secondaires pour les troupes avec peu d'acteurs. La scénographie proposée à l'époque était assez lourde Trouver des costumes militaires pouvait poser problème à certaines troupes. On pouvait trouver tout un tas de bonnes raisons de ne pas la jouer.

Et aussi dans l'histoire tout un tas de bonnes raisons de surmonter les obstacles d'une mise en scène complexe.
 Bravo aux comédiens en herbe d'avoir pu donner vie à cette histoire pour la première fois sur les planches.




Photos tirées de l'association "Les apprentis comédiens" à Limas ( 69)
Cours : Perinne Cortay 6 juin 2009



EXTRAITS



Acte 1


Acte 1 Scène 1
(La conteuse, Albert, Adolf, Hermann, le SS)

Une vieille femme arrive sur scène et se place au centre de la scène avec un seau et une brosse. Elle s’adresse face public.

La conteuse : Vous êtes bien installés mes petits-enfants ? Oui ? Il le faut. L’histoire que je vais vous conter n’est pas très heureuse, même si elle se termine plutôt bien. Elle se situe à une période sombre dans un pays pas si lointain du nôtre. (Elle s’agenouille et commence à frotter le sol.) Il y a des preux chevaliers, des héros, des traîtres et de méchants rois, des princesses à sauver, des monstres et des dragons mais…tous se sont débarrassés de leurs artifices, de leurs déguisements et ont un visage curieusement humain.

Un soldat arrive à cour et balance sa matraque de droite à gauche en la regardant. Il porte l’insigne des SS sur la manche de son uniforme.

Le SS : Plus vite ! Schnell ! Schnell !
La conteuse : (S’activant à frotter) Le pays a subi une guerre de quatre longues années et des millions de gens sont morts. Il se redresse difficilement de cette épreuve, ceux qui l’ont battu sont impitoyables, ils ne veulent pas qu’une telle atrocité se reproduise. Pourtant, à cause de leur sévérité, un homme, brillant orateur et grand manipulateur des foules va se révéler, pour mener une fois de plus le pays à sa perte et le monde à la folie.

Sur le balcon, éclairé en contre-jour à travers la porte fenêtre, un petit homme sort et regarde face à lui, avant de dresser un bras tendu. On distingue le brassard de la croix gammée à son autre bras.
Un autre homme, plus gros, apparaît aussi en contre-jour et se tient en retrait tendant le bras lui aussi.

La conteuse : Ils se nomment Adolf Hitler et Hermann Göring. Leurs rangs de partisans grossissent jour après jour. Ils persécutent un peuple qu’ils jugent responsable de tous leurs maux.

Sur le balcon, Hitler et Göring repartent en coulisses en se félicitant mutuellement.

La conteuse : Un autre homme, plus discret, moins connu, va se dresser face à eux. Il n’est d’autre que le propre frère d’Hermann.
Un homme que l’Histoire a oublié jusqu’à son nom dans des tonnes de comptes-rendus et de rapports.

Albert Göring arrive derrière le panneau à jardin et voit la vieille femme frotter le sol.

Albert : (au soldat SS) Qu'est-ce qui se passe ?
Le  SS : Heil Hitler !
Albert : Heil mes fesses ! Je vous ai demandé ce qui se passait !
Le  SS : Ordre du Führer, Herr Göring ! Cette femme juive doit récurer la rue !
Albert : Avec une simple brosse ? Vous plaisantez ? Cette rue n'a pas besoin d'être nettoyée, elle est parfaitement propre !
Le  SS : Non, elle a été salie par ces Juifs, elle doit être récurée ! Ordre du Führer !
Albert : (à la conteuse) Madame, relevez-vous.
La conteuse : Non... non... je vais nettoyer...
Albert : Ordonnez-lui d'arrêter !
Le  SS : Nein ! Elle arrêtera quand la rue sera propre !
Albert : (retroussant ces manches) Très bien dans ce cas,  je vais faire comme elle !

Il prend une brosse dans le seau et se met à frotter. La vieille femme est effarée.

La conteuse : Qu'est-ce que vous faites ? Vous allez nous faire tuer...
Le  SS : (perdant de son assurance) Herr Göring! Vous ne pouvez pas....
Albert : Mais si je peux ! Et mon frère sera ravi de savoir que je participe à l'effort collectif pour le nettoyage de cette rue !
Le SS:  Herr Göring!  Arrêtez ! C'est dégradant !
Albert : Je m'arrêterais quand elle s’arrêtera.
Le  SS : Mais....mais....
Albert : (frottant énergiquement) Il va drôlement être propre ce trottoir... faudra penser à essuyer vos bottes.
Le  SS : Stop !... (À la vieille femme) Cessez de nettoyer ! Arrêtez immédiatement !

Elle s'arrête et attend sans un mot. L'officier regarde Albert Göring qui se relève en s'essuyant les genoux, ne sachant pas quoi faire. Il finit par tourner les talons et repartir à cour.

La conteuse : Herr Göring...qu'est-ce qui vous a pris de faire cela ?
Albert : C'est terminé. Vous pouvez rentrer chez vous. Cet imbécile ne  vous ennuiera plus désormais.
La conteuse : Votre frère ne vous protégera pas éternellement...
Albert : (doucement)  Rentrez chez vous, Madame. Les loups seront bientôt de retour.

Il sort. La vielle femme se relève et ramasse son seau et sa brosse.

La conteuse : Je tiens cette histoire de ma mère et de mon père. Il m’a sauvé quand j’étais petite, il a en fait sauvé toute notre famille. Son nom ? Albert Göring. Mais on l’appelait « le bon frère ».

Noir. Elle sort.

Acte 1 Scène 2
(Albert, l’officier américain, Oskar Pilzer)

Lumière à jardin et à cour. Albert est assis sur un des sièges à jardin et attend. Un officier américain arrive à cour avec un dossier en main. Il s’arrête un instant lit quelque chose puis repart jusqu’à Albert.

Celui-ci se lève dès qu’il est près de lui.

L’officier américain : Restez assis, je vous prie.

Il se rassoit. L’officier va sur le mur et dénoue deux ficelles. Un drapeau américain se dévoile. Il s’installe face à Albert et rouvre son dossier.

Lumière uniquement à jardin.

L’officier américain : Mr Göring, nous avons dû vérifier certains points de votre précédent interrogatoire avant de pouvoir continuer.
Albert : Je comprends.
L’officier américain : Qu’elles étaient exactement vos relations avec votre frère Hermann ?
Albert : Mon frère…En tant que personne privée ou en tant qu’homme d’État ?
L’officier américain : Les deux.
Albert : En tant que frère, nous étions très proches. Il m’a toujours aidé. En tant que homme d’État, je n’ai pas eu de relations avec lui.
L’officier américain : Vraiment ? Vous ne vous êtes jamais inscrit au Parti national socialiste ?
Albert : Nein. A partir de 1923 j’ai été toujours un de ses plus farouches opposants et il était hors de question que j’ai des relations avec lui ou ce salopard d’Hitler.
L’officier américain : Vous dites avoir été blessé deux fois lors de la première guerre, vous étiez dans l’infanterie dans un régiment de communications.
Albert : C’est cela même.
L’officier américain : Qu’avez-vous fait après ?
Albert : J’ai repris mes études à l’université technique de Munich. Puis, j’ai trouvé un emploi de représentant chez Junkers, le fabricant d’avions. Dans l’unité des chaudières et des refroidissements. En 1933, pour m’opposer au régime nazi, je demande et j’obtiens la nationalité autrichienne.
L’officier américain : Vous avez changé d’emploi ensuite ?
Albert : Oui en 1934. Je fournissais du matériel à la  Tobis Sascha Film. J’ai rencontré son directeur Oskar Pilzer.

Lumière au centre sur le balcon. On entend des bruits de la rue. Voitures qui passent, freins de camions, klaxons. Un homme bien habillé apparaît avec un cigare. Il fait un signe de la main dans leur direction.

Oskar Pilzer : Herr Göring ! Herr Goring ! (Albert l’aperçoit) Venez ! Montez !

Albert contourne le panneau à jardin et disparaît en coulisses. L’officier américain gardera sa position, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que la lumière s’éteigne de son coté.
Albert Göring arrive au balcon aux côtés de Pilzer.

Albert : Mr Pilzer, merci pour votre invitation.
Oskar Pilzer : C’est naturel. Vous faites du très bon travail en nous fournissant votre matériel pour la conservation des bobines. Un cigare ?
Albert : Non merci.
Oskar Pilzer : Un verre alors ?
Albert : Volontiers.

Il quitte le balcon avant de revenir avec deux verres.

Oskar Pilzer : Santé !
Albert : Santé !

Ils boivent.

Oskar Pilzer : Comment trouvez-vous Vienne ?
Albert : C’est une ville magnifique.
Oskar Pilzer : Plus belle que Berlin ?
Albert : Plus respirable en tout cas.
Oskar Pilzer : J’aimerais vous faire une proposition. Accepteriez-vous de travailler pour la Tobis Sacha Film ? Comme directeur technique.
Albert : J’ai déjà un emploi.
Oskar Pilzer : Je sais que cela vous plaît de moins en moins.
Albert : Vous seriez prêt à accorder votre confiance à un Göring ?
Oskar Pilzer : Vous avez demandé la nationalité autrichienne l’an dernier. J’en conclus que vous êtes contre toute cette folie qui s’est emparée de l’Allemagne.
Albert : Contre ? Je défie mon frère, Hitler et le Parti national socialisme…
Oskar Pilzer : Vous n’avez pas froid aux yeux et ça me plaît beaucoup chez vous. Alors ? Accepteriez-vous ?
Albert : Que devrais-je faire ?
Oskar Pilzer : Rien d’insurmontable au vu de vos compétences. Je vous épaulerais durant les premières semaines. Et je sais que vous ne rechignez pas à travailler avec des Juifs.
Albert : Je sais que beaucoup ont dû fuir l’Allemagne parce qu’ils ne trouvaient plus d’emploi.
Oskar Pilzer : C’est vrai. Et nous sommes beaucoup dans le milieu du cinématographe. Toute cette culture, ça va vous changer. Je serais ravi de vous avoir dans nos rangs.

Noir sur le balcon. Lumière à jardin. Albert revient s’asseoir face à l’officier américain. Celui-ci ne réagira que lorsqu’Albert s’adressera à lui.

Albert : J’ai évidemment accepté. J’ai passé quatre années fantastiques à côtoyer des artistes, des producteurs et des réalisateurs. Puis en 1938, il y a eu l’Anschluss.
L’officier américain : L’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Entre-temps votre frère est devenu l’un des hommes les plus puissants, Hitler l’avait même désigné comme son successeur. Vous étiez à son mariage ?
Albert : Nein. Toute la famille y était sauf moi.
L’officier américain : Nous avons vérifié. Pas même présent sous un faux nom ?
Albert : Nein ! Pourquoi aurais-je fait cela ? Je vous ai parlé d’Oskar Pilzer. Je lui ai sans doute sauvé la vie. Je l’ai fait libérer le jour suivant son arrestation.
L’officier américain : Grâce à votre frère ?
Albert : Grâce à mon nom ! Malheureusement, il est mort un an après à Paris.
L’officier américain : Oui. Bien dommage, son témoignage aurait été bien utile. Et la liste que vous nous avez fournie des gens que vous avez aidés est difficile à évaluer.
Albert : Cessez donc ce jeu.
L’officier américain : Quel jeu ?
Albert : Mon frère est ici même à Nuremberg. Cellule N° 5. C’est sur lui que vous enquêtez à travers moi. Dites-moi ce que vous voulez savoir.

L’officier américain le regarde un moment sans un mot puis ouvre son dossier à une page.

L’officier américain : Fort bien. 12 mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche. Votre seconde femme est morte quelques semaines auparavant. Le 27 mars, Hermann Göring arrive à Vienne. Vous le recevez chez vous le soir même. Racontez-moi.