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dimanche 16 juin 2019

NOUVEL EXTRAIT : Albert et Mila



Acte 2 Scène 4
(Albert, Mila)

Lumière sur le balcon.  Une jeune femme se tient sur un bout du balcon, un verre à la main. On entend la musique d’un bal en bruit de fond.

Albert apparaît à son tour, une bouteille et un verre dans ses mains.

Albert : Ah ! Vous êtes là ! Je vous cherchais.
Mila : Moi ?
Albert : Oui, je vous observe depuis  le début de cette soirée et…je vous trouve bien mélancolique. Un si beau visage ne devrait pas être si triste.
Mila : C’est gentil.
Albert : Excusez-moi, je ne me suis pas présenté. Albert Göring.
Mila : Je sais qui vous êtes, Herr Göring. Personne à Prague n’ignore votre nom. De plus, nous nous sommes rencontrés la semaine dernière.
Albert : Vraiment ?
Mila : Vous avez acheté une cravate à mon magasin.
Albert : Une cravate…Bien sûr. J’étais certain vous avoir déjà rencontrée quelque part (Il indique la bouteille) Vous permettez ?
Mila : Volontiers.

Il la sert en souriant. La jeune femme semble être sous le charme de ses bonnes manières.

Albert : Je me souviens bien de la cravate maintenant. Mais dites-moi, ma mémoire me joue des tours ou bien je ne connais pas votre nom ?
Mila : Mila Klazarova
Albert : Ouf…je respire.
Mila : Vous respirez ?
Albert : Jamais je n’aurais pu oublier un nom si ravissant.

Mila lâche un rire rafraichissant.

Mila : Ce n’est donc pas votre mémoire, Herr Göring.
Albert : Je vous en prie, appelez-moi Albert…Herr Göring…j’ai l’impression que vous vous adressez à mon frère.
Mila : Comme vous vous voudrez.
Albert : Alors, vous vous ennuyez à ce point à cette soirée pour vous réfugier sur ce balcon ?
Mila : J’aime bien contempler le ciel. Il est dégagé ce soir

Ils regardent en l’air.

Albert : En effet. (Il indique un point à cour) Vous voyez ces constellations, là ? C’est Cassiopée. Et juste à côté Pégase et un peu plus haut Persée.
Mila : Persée…
Albert : Un grand mythe grec nous contemple ce soir.
Mila : Ah ?
Albert : Cassiopée avait une fille, Andromède, qu’elle considérait comme étant la plus belle, plus belle même que toutes les déesses de l’antiquité. Pour la punir, les dieux demandèrent qu’on attache Andromède sur un rocher, afin qu’elle soit livrée au terrible kraken, monstre des mers. Mais Persée intervient sur Pégase son cheval ailé et avec la tête coupée de Méduse, la Gorgone, il changea le kraken en statue de pierre avant de libérer Andromède.
Mila : Oh…Vraiment…Et donc là, c’est Persée...Et où est Andromède ?
Albert : (Embarrassé) Et bien…euh…

Mila se retourne avec un sourire

Mila : Vous n’y connaissez absolument rien en astronomie.
Albert : Effectivement (Il lui rend son sourire) mais le mythe de Persée et d’Andromède est vrai.
Mila : Un mythe qui serait vrai ?
Albert : Du moins, l’histoire est telle que l’on la conte.
Mila : Vous êtes amusant, Albert.
Albert : Ravi d’avoir changé une soirée ennuyeuse en une rencontre amusante.

Ils s’observent en silence un moment.

Mila : Je vais rentrer, il fait frais.
Albert : Attendez …Je voulais…
Mila : Quoi ?
Albert : Vous aimez les concerts ?
Mila : Oui.
Albert : Je sais que l’on se connaît à peine mais…accepteriez-vous de venir au concert la semaine prochaine  avec moi ?
Mila : Je ne sais pas. Comme vous le dites, on se connaît à peine. Mais je ne vais pas aux concerts à Prague…trop de nazis.
Albert : Je parlais d’un concert à Bucarest. Je vous l’offre… avec en prime moins de nazis, je vous l’assure.
Mila : Bucarest ? (Éclatant de rire) Nous venons juste de nous rencontrer…
Albert : Nous pourrons faire plus ample connaissance pendant le voyage. Nous partirions samedi par le train. Je réserverais deux chambres. Vous me feriez un grand plaisir si vous m’y accompagniez…Mila.

Mila se pince les lèvres, hésitante.

Albert : Allez…Laissez-moi voir une magnifique constellation dans vos yeux.
Mila : Je ne dis pas non. Mais j’aimerais y réfléchir.
Albert : Je vous trouve très jolie. Et je ne partirais pas sans vous.
Mila : Et si je refuse ?
Albert : Je resterais à Prague et pour me punir de n’avoir pas su vous convaincre, j’irais voir un de ces affreux opéras de Wagner.

Mila rit de nouveau.

Albert : Vous ai-je convaincu ?
Mila : Convaincue, non…Séduite, oui. Bonsoir, Albert.

Elle  quitte le balcon. Albert la regarde partir puis lève les yeux à cour.

Albert : A la santé de Cassiopée. Et à la ravissante Mila Klazarova.

Noir.
 

mardi 17 mars 2015

PRESENTATION

ALBERT, LE BON FRERE
 (4 FEMMES - 4 HOMMES) Distribution minimale
Pièce en 3 actes
Protégée à la SACD depuis le 01/02/2008
Seconde version écrite entre février et mars 2015

Durée : 100 minutes environ
Public : adultes et adolescents
L'histoire : Une survivante des camps de concentrations évoque la vie d'Albert Göring qu'elle tient de son père.
Albert Göring, anti-nazi, aurait usé de son influence et du pouvoir de son frère pour sauver des juifs puis des résistants Tchèques durant la seconde guerre mondiale.
Albert était le frère d'Hermann Göring, le bras droit d'Hitler. Un survol de sa vie depuis 1933 à sa mort en 1966. Il n'a jamais été réhabilité pour ses actes à cause de son nom.

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Commentaires de l'auteur

L'IDEE: L'histoire de la seconde guerre mondiale m'a toujours intéressé. Je me revois à une dizaine d'années, écoutant les anecdotes de mon grand-père qui avait fait la seconde guerre mondiale. Après avoir vu le film "le Roi des Aulnes", j'ai voulu me pencher sur Hermann Göring, que je trouvais dans le film déroutant, totalement coupé de la réalité par rapport aux événements que je connaissais et finalement fascinant. Il faut dire que l'acteur, Volker Spengler a été pour beaucoup dans ce déclic, tant son interprétation de Göring fait penser à un ogre des temps modernes. Il est dépeint dans le film comme un grand seigneur de domaine, capricieux et colérique, amateur de chasse, diamants et œuvres d'art. Ce qui est très proche de la réalité historique, en fait.

Volker Spengler dans le rôle d'Hermann Goering- le roi des Aulnes de Volker Sclöndorff
Attention, aucune compassion pour le bonhomme, mais sur les Nazi qui entouraient Hitler c'était sans doute le plus intéressé par le luxe et le pouvoir que par l'idéologie antisémite malgré qu'il soit à l'origine des premières lois antisémites qui ont sévit en Allemagne avant la guerre. Puis vers la fin de la guerre, il semblait, la morphine aidant, de plus en plus dans sa bulle et de moins en moins connecté à la réalité.
C'est du moins ce que j'ai conclu en creusant son histoire et en évitant les pièges du manichéisme primaire lors de mes lectures.
Et de ce fait, une recherche sur Internet m'a fait connaître son frère, Albert.
Le bon frère.
LA SECONDE VERSION
 
Véronique Lhorme et ses deux comédiens principaux
La seconde version a été écrite entre février et mars 2015, suite au documentaire, diffusé sur Planète +, de Véronique Lhorme, "Le dossier Albert Göring", auquel j'ai eu la chance d'aller, en visite éclair, pendant le tournage à Lyon en février 2014. Je me suis rendu compte que les maigres informations en 2008 étaient incomplètes voire obsolètes. Je me suis donc penché sur le documentaire et ai livré une version allégée, moins contemporaine dans ses allers-retours entre présent et passé.
Nouvelle scénographie et moins de personnages. En état actuel, elle peut être jouée par 4 femmes et 4 hommes. Libre aux troupes de "gonfler" la distribution pour éviter les triples rôles.

LA PREMIÈRE VERSION, DIFFICILE A MONTER.

La première version n'a été à ma connaissance jouée qu'une seule fois.

Les Apprentis Comédiens l'ont présentée en fin de cycle en juin 2009 avec les moyens du bord mais une énorme motivation. Merci à eux.

La pièce comportait de nombreux doubles et triples rôles secondaires pour les troupes avec peu d'acteurs. La scénographie proposée à l'époque était assez lourde Trouver des costumes militaires pouvait poser problème à certaines troupes. On pouvait trouver tout un tas de bonnes raisons de ne pas la jouer.

Et aussi dans l'histoire tout un tas de bonnes raisons de surmonter les obstacles d'une mise en scène complexe.
 Bravo aux comédiens en herbe d'avoir pu donner vie à cette histoire pour la première fois sur les planches.




Photos tirées de l'association "Les apprentis comédiens" à Limas ( 69)
Cours : Perinne Cortay 6 juin 2009



EXTRAITS



Acte 1


Acte 1 Scène 1
(La conteuse, Albert, Adolf, Hermann, le SS)

Une vieille femme arrive sur scène et se place au centre de la scène avec un seau et une brosse. Elle s’adresse face public.

La conteuse : Vous êtes bien installés mes petits-enfants ? Oui ? Il le faut. L’histoire que je vais vous conter n’est pas très heureuse, même si elle se termine plutôt bien. Elle se situe à une période sombre dans un pays pas si lointain du nôtre. (Elle s’agenouille et commence à frotter le sol.) Il y a des preux chevaliers, des héros, des traîtres et de méchants rois, des princesses à sauver, des monstres et des dragons mais…tous se sont débarrassés de leurs artifices, de leurs déguisements et ont un visage curieusement humain.

Un soldat arrive à cour et balance sa matraque de droite à gauche en la regardant. Il porte l’insigne des SS sur la manche de son uniforme.

Le SS : Plus vite ! Schnell ! Schnell !
La conteuse : (S’activant à frotter) Le pays a subi une guerre de quatre longues années et des millions de gens sont morts. Il se redresse difficilement de cette épreuve, ceux qui l’ont battu sont impitoyables, ils ne veulent pas qu’une telle atrocité se reproduise. Pourtant, à cause de leur sévérité, un homme, brillant orateur et grand manipulateur des foules va se révéler, pour mener une fois de plus le pays à sa perte et le monde à la folie.

Sur le balcon, éclairé en contre-jour à travers la porte fenêtre, un petit homme sort et regarde face à lui, avant de dresser un bras tendu. On distingue le brassard de la croix gammée à son autre bras.
Un autre homme, plus gros, apparaît aussi en contre-jour et se tient en retrait tendant le bras lui aussi.

La conteuse : Ils se nomment Adolf Hitler et Hermann Göring. Leurs rangs de partisans grossissent jour après jour. Ils persécutent un peuple qu’ils jugent responsable de tous leurs maux.

Sur le balcon, Hitler et Göring repartent en coulisses en se félicitant mutuellement.

La conteuse : Un autre homme, plus discret, moins connu, va se dresser face à eux. Il n’est d’autre que le propre frère d’Hermann.
Un homme que l’Histoire a oublié jusqu’à son nom dans des tonnes de comptes-rendus et de rapports.

Albert Göring arrive derrière le panneau à jardin et voit la vieille femme frotter le sol.

Albert : (au soldat SS) Qu'est-ce qui se passe ?
Le  SS : Heil Hitler !
Albert : Heil mes fesses ! Je vous ai demandé ce qui se passait !
Le  SS : Ordre du Führer, Herr Göring ! Cette femme juive doit récurer la rue !
Albert : Avec une simple brosse ? Vous plaisantez ? Cette rue n'a pas besoin d'être nettoyée, elle est parfaitement propre !
Le  SS : Non, elle a été salie par ces Juifs, elle doit être récurée ! Ordre du Führer !
Albert : (à la conteuse) Madame, relevez-vous.
La conteuse : Non... non... je vais nettoyer...
Albert : Ordonnez-lui d'arrêter !
Le  SS : Nein ! Elle arrêtera quand la rue sera propre !
Albert : (retroussant ces manches) Très bien dans ce cas,  je vais faire comme elle !

Il prend une brosse dans le seau et se met à frotter. La vieille femme est effarée.

La conteuse : Qu'est-ce que vous faites ? Vous allez nous faire tuer...
Le  SS : (perdant de son assurance) Herr Göring! Vous ne pouvez pas....
Albert : Mais si je peux ! Et mon frère sera ravi de savoir que je participe à l'effort collectif pour le nettoyage de cette rue !
Le SS:  Herr Göring!  Arrêtez ! C'est dégradant !
Albert : Je m'arrêterais quand elle s’arrêtera.
Le  SS : Mais....mais....
Albert : (frottant énergiquement) Il va drôlement être propre ce trottoir... faudra penser à essuyer vos bottes.
Le  SS : Stop !... (À la vieille femme) Cessez de nettoyer ! Arrêtez immédiatement !

Elle s'arrête et attend sans un mot. L'officier regarde Albert Göring qui se relève en s'essuyant les genoux, ne sachant pas quoi faire. Il finit par tourner les talons et repartir à cour.

La conteuse : Herr Göring...qu'est-ce qui vous a pris de faire cela ?
Albert : C'est terminé. Vous pouvez rentrer chez vous. Cet imbécile ne  vous ennuiera plus désormais.
La conteuse : Votre frère ne vous protégera pas éternellement...
Albert : (doucement)  Rentrez chez vous, Madame. Les loups seront bientôt de retour.

Il sort. La vielle femme se relève et ramasse son seau et sa brosse.

La conteuse : Je tiens cette histoire de ma mère et de mon père. Il m’a sauvé quand j’étais petite, il a en fait sauvé toute notre famille. Son nom ? Albert Göring. Mais on l’appelait « le bon frère ».

Noir. Elle sort.

Acte 1 Scène 2
(Albert, l’officier américain, Oskar Pilzer)

Lumière à jardin et à cour. Albert est assis sur un des sièges à jardin et attend. Un officier américain arrive à cour avec un dossier en main. Il s’arrête un instant lit quelque chose puis repart jusqu’à Albert.

Celui-ci se lève dès qu’il est près de lui.

L’officier américain : Restez assis, je vous prie.

Il se rassoit. L’officier va sur le mur et dénoue deux ficelles. Un drapeau américain se dévoile. Il s’installe face à Albert et rouvre son dossier.

Lumière uniquement à jardin.

L’officier américain : Mr Göring, nous avons dû vérifier certains points de votre précédent interrogatoire avant de pouvoir continuer.
Albert : Je comprends.
L’officier américain : Qu’elles étaient exactement vos relations avec votre frère Hermann ?
Albert : Mon frère…En tant que personne privée ou en tant qu’homme d’État ?
L’officier américain : Les deux.
Albert : En tant que frère, nous étions très proches. Il m’a toujours aidé. En tant que homme d’État, je n’ai pas eu de relations avec lui.
L’officier américain : Vraiment ? Vous ne vous êtes jamais inscrit au Parti national socialiste ?
Albert : Nein. A partir de 1923 j’ai été toujours un de ses plus farouches opposants et il était hors de question que j’ai des relations avec lui ou ce salopard d’Hitler.
L’officier américain : Vous dites avoir été blessé deux fois lors de la première guerre, vous étiez dans l’infanterie dans un régiment de communications.
Albert : C’est cela même.
L’officier américain : Qu’avez-vous fait après ?
Albert : J’ai repris mes études à l’université technique de Munich. Puis, j’ai trouvé un emploi de représentant chez Junkers, le fabricant d’avions. Dans l’unité des chaudières et des refroidissements. En 1933, pour m’opposer au régime nazi, je demande et j’obtiens la nationalité autrichienne.
L’officier américain : Vous avez changé d’emploi ensuite ?
Albert : Oui en 1934. Je fournissais du matériel à la  Tobis Sascha Film. J’ai rencontré son directeur Oskar Pilzer.

Lumière au centre sur le balcon. On entend des bruits de la rue. Voitures qui passent, freins de camions, klaxons. Un homme bien habillé apparaît avec un cigare. Il fait un signe de la main dans leur direction.

Oskar Pilzer : Herr Göring ! Herr Goring ! (Albert l’aperçoit) Venez ! Montez !

Albert contourne le panneau à jardin et disparaît en coulisses. L’officier américain gardera sa position, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que la lumière s’éteigne de son coté.
Albert Göring arrive au balcon aux côtés de Pilzer.

Albert : Mr Pilzer, merci pour votre invitation.
Oskar Pilzer : C’est naturel. Vous faites du très bon travail en nous fournissant votre matériel pour la conservation des bobines. Un cigare ?
Albert : Non merci.
Oskar Pilzer : Un verre alors ?
Albert : Volontiers.

Il quitte le balcon avant de revenir avec deux verres.

Oskar Pilzer : Santé !
Albert : Santé !

Ils boivent.

Oskar Pilzer : Comment trouvez-vous Vienne ?
Albert : C’est une ville magnifique.
Oskar Pilzer : Plus belle que Berlin ?
Albert : Plus respirable en tout cas.
Oskar Pilzer : J’aimerais vous faire une proposition. Accepteriez-vous de travailler pour la Tobis Sacha Film ? Comme directeur technique.
Albert : J’ai déjà un emploi.
Oskar Pilzer : Je sais que cela vous plaît de moins en moins.
Albert : Vous seriez prêt à accorder votre confiance à un Göring ?
Oskar Pilzer : Vous avez demandé la nationalité autrichienne l’an dernier. J’en conclus que vous êtes contre toute cette folie qui s’est emparée de l’Allemagne.
Albert : Contre ? Je défie mon frère, Hitler et le Parti national socialisme…
Oskar Pilzer : Vous n’avez pas froid aux yeux et ça me plaît beaucoup chez vous. Alors ? Accepteriez-vous ?
Albert : Que devrais-je faire ?
Oskar Pilzer : Rien d’insurmontable au vu de vos compétences. Je vous épaulerais durant les premières semaines. Et je sais que vous ne rechignez pas à travailler avec des Juifs.
Albert : Je sais que beaucoup ont dû fuir l’Allemagne parce qu’ils ne trouvaient plus d’emploi.
Oskar Pilzer : C’est vrai. Et nous sommes beaucoup dans le milieu du cinématographe. Toute cette culture, ça va vous changer. Je serais ravi de vous avoir dans nos rangs.

Noir sur le balcon. Lumière à jardin. Albert revient s’asseoir face à l’officier américain. Celui-ci ne réagira que lorsqu’Albert s’adressera à lui.

Albert : J’ai évidemment accepté. J’ai passé quatre années fantastiques à côtoyer des artistes, des producteurs et des réalisateurs. Puis en 1938, il y a eu l’Anschluss.
L’officier américain : L’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Entre-temps votre frère est devenu l’un des hommes les plus puissants, Hitler l’avait même désigné comme son successeur. Vous étiez à son mariage ?
Albert : Nein. Toute la famille y était sauf moi.
L’officier américain : Nous avons vérifié. Pas même présent sous un faux nom ?
Albert : Nein ! Pourquoi aurais-je fait cela ? Je vous ai parlé d’Oskar Pilzer. Je lui ai sans doute sauvé la vie. Je l’ai fait libérer le jour suivant son arrestation.
L’officier américain : Grâce à votre frère ?
Albert : Grâce à mon nom ! Malheureusement, il est mort un an après à Paris.
L’officier américain : Oui. Bien dommage, son témoignage aurait été bien utile. Et la liste que vous nous avez fournie des gens que vous avez aidés est difficile à évaluer.
Albert : Cessez donc ce jeu.
L’officier américain : Quel jeu ?
Albert : Mon frère est ici même à Nuremberg. Cellule N° 5. C’est sur lui que vous enquêtez à travers moi. Dites-moi ce que vous voulez savoir.

L’officier américain le regarde un moment sans un mot puis ouvre son dossier à une page.

L’officier américain : Fort bien. 12 mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche. Votre seconde femme est morte quelques semaines auparavant. Le 27 mars, Hermann Göring arrive à Vienne. Vous le recevez chez vous le soir même. Racontez-moi.