LES VISITEURS


compteurs gratuits

samedi 11 mars 2017

NOUVEAUX EXTRAITS : Vienne 1938 & Nuremberg 1945





VIENNE 1938
Acte 1 Scène 3
(Albert, Hermann, la servante juive)

Eclairage nuit sous le balcon. Albert et Hermann Göring entrent en scène chacun un verre à la main. Albert porte un simple pardessus, Hermann son imperméable cuir de la Weirhmart.

Hermann : Merci pour ton accueil. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de nous revoir. Tu féliciteras aussi ta cuisinière, c’était un régal.
Albert : Ça m’a fait aussi plaisir de te revoir…La prochaine fois, essaye toutefois d’amener moins de soldats nazis devant ma porte.

Hermann sourit mais balaye d’un revers de la main la remarque.

Hermann : Ah ! Je sais que tu n’apprécies pas tout ceci. Mais tu n’y connais rien en politique, tu n’y as jamais rien compris.
Albert : Ou j’y comprends trop bien au contraire…
Hermann : Dis-moi plutôt comment tu vas ? As-tu bien reçu ma carte de condoléances pour Erna ?
Albert : Oui. Merci. Ça m’a beaucoup touché. Son cancer a été très éprouvant pour elle.
Hermann : J’ai vécu la même chose avec Carin. Le destin est parfois cruel.
Albert : Oui.

Un temps. Hermann regarde son frère qui se déplace légèrement à cour.

Hermann : Si tu me disais pourquoi tu m’as fait venir dans ce jardin ? Les nuits de Vienne sont plutôt fraîches en cette saison mais je doute que ce soit pour discuter de la température.
Albert : Je ne voulais pas que tes deux sous-officiers entendent ce que j’ai à te dire.
Hermann : Expliques-toi. C’est à propos du chancelier Von Schuschnigg ? Je l’ai fait libérer à ta demande et il est désormais en résidence surveillée.
Albert : Oui et je t’en remercie. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit.
Hermann : Quoi d’autre alors ?
Albert : As-tu idée du climat de terreur qui règne à Vienne depuis quinze jours ?
Hermann : Qu’est-ce que tu racontes ? La plupart des Autrichiens sont ravis d’être enfin rattachés à la grande Allemagne.

Albert jette un œil vers le balcon où l’on  distingue des silhouettes derrière le rideau discutant, entre elles.

Albert : Je parle des juifs. (Plus bas) Ils vivent dans la peur. Beaucoup viennent me voir, me demandant un visa pour quitter le pays ou simplement ma protection…Ils ont fui l’Allemagne à cause des persécutions et ils revivent la même chose ici.

Encore une fois, Hermann balaye d’un revers de la main ses inquiétudes.

Hermann : Tu exagères.
Albert : Certains sont déportés. Je ne peux protéger tout le monde.
Hermann : Uniquement des opposants politiques. Je le sais, j’ai créé moi-même ses camps.
Albert : Tu sais très bien que c’est faux. Certains qui y sont enfermés n’ont jamais fait de politique de leur vie.
Hermann : Les faits que l’on te rapporte sont grandement exagérés, crois-moi. Je ne dis pas qu’il n’y a pas quelques débordements mais…

Une servante arrive timidement avec deux nouveaux verres et une bouteille à cour.
Les deux hommes posent leurs verres vides et se servent eux-mêmes.

Hermann : Merci, Frauleïn.
La servante : Désirez-vous autre chose, Herr Göring ? Cigare ?
Albert : Non, merci Sarah. Pas pour moi. Hermann ?

Celui-ci secoue négativement la tête en jetant un bref coup d’œil à la servante.

Albert : Rentrez. Vous êtes à peine couverte. Dites à ces messieurs que nous arrivons dans une minute.
La servante : Bien, Herr Göring.

Elle sort après une fragile courbette.

Hermann : Sarah ? Tu emploies une domestique juive ?
Albert : Oui. Elle avait perdu son emploi la semaine dernière.
Hermann : Généreux de ta part mais en effet, tu ne pourras pas tous les aider. Je viendrais avec moins d’officiers la prochaine fois…C’est un peu embarrassant cette femme juive sous ton toit.
Albert : (Plaisantant) Je pense engager d’ici peu un majordome…Isaac.
Hermann : Tu en serais bien capable. Si ça te plaît de jeter ton argent par les fenêtres, c’est ton problème.
Albert : En effet. Rentrons.
Hermann : Ya. Je dois regagner Berlin demain

Albert sort à jardin. Herman reste au centre de la scène.

 
NUREMBERG 1945
Acte 1 Scène 4
(Hermann, l’officier américain, voix off d’un garde)

Lumière au centre. L’officier américain s’avance jusqu’à lui et récupère son verre et sa casquette de Reichmarshall qu’il emporte en coulisses.
Hermann Göring  retire son imperméable en cuir, il porte dessous un vêtement de prisonnier. L’officier américain revient et récupère son imperméable avant de repartir.

Hermann tourne en rond de manière nerveuse et désordonnée. Il s’arrête et parle face public.

Hermann : Pourquoi n'ai-je plus le droit de prendre mes repas avec les autres prisonniers ? Pourquoi m'isole-t-on ainsi ?
Voix off du garde : Nous avons estimé que vous aviez une mauvaise influence sur les autres...
Hermann : Les autres...Pour la plupart,  je n'avais jamais entendu parler d'eux avant d'être mis en prison. Tout ceci est absurde. Tout ce procès est ridicule.
Voix off du garde : Vous trouvez ridicule le film que nous avons passé sur les camps de concentration ?

Lumière à cour. Il va s’asseoir sur une des chaises. Entre-temps l’officier américain revient avec ses dossiers à jardin.

Hermann : J'assume les responsabilités des actes officiels du gouvernement. Mais en ce qui concerne les programmes d'extermination... je n'en ai jamais rien su. Il y a eu des rumeurs à l'époque mais je n'y ai jamais cru. Je pensais à de la propagande ennemie.

L’officier américain s’assoit à la table face à lui.

L’officier américain : Vous êtes à l'origine des lois antisémites et des camps de concentration. Vous avez votre part de responsabilité dans l'extermination des Juifs. Sans ces lois et sans ces camps, peut-être il n'y aurait pas eu tous ces massacres...
Hermann : Je vois où vous voulez en venir...

Hermann Göring se détourne et se met à ricaner.

L’officier américain : Vous trouvez cela drôle ?
Hermann : (lui faisant face) Vous essayez de me faire endosser le meurtre de tous ces Juifs... mais je trouve le reproche mal venu de la part d'un homme dont le  pays n'a pas hésité à lâcher la bombe atomique sur Hiroshima !
L’officier américain : Nous étions en guerre ...
Hermann : La belle affaire ! J'ai fait construire ces camps de concentration en 1933 pour les communistes et autres ennemis du Parti mais certainement pas dans l'idée de les utiliser comme camps d'extermination ! Quant aux lois antisémites dont vous sous-entendez qu'elles sont à l'origine de ces atrocités... (Il se lève et s'éloigne de nouveau, allant jusqu’à cour, où il passera sa main sur le mur) laissez-moi vous dire une chose : les officiers de race noire dans votre armée, ont-ils le droit de commander des troupes au combat ? Ont-ils le droit de prendre les mêmes bus que les blancs ? Les lois sur la ségrégation dans votre pays et les lois antisémites dans le mien ne sont pas tellement différentes. Depuis la première guerre jusqu'à l'arrivée d'Hitler, les commerçants juifs ont constamment ébranlé l'économie allemande et l'identité de la mère Patrie. Voilà pourquoi nous avons fait ces lois antisémites ![1]
L’officier américain : Vous devrez en répondre quand même devant ce tribunal.
Hermann : Ce procès est une mascarade, notre sort est déjà réglé. Je le sais et vous le savez aussi !

L’officier secoue la tête d’un air dépité et se penche dans ses dossiers.

L’officier américain : J’aimerais que l’on parle de votre frère et de sa nomination aux usines Skoda.
Hermann : Mon frère…Albert ?
Voix off du garde : Allez-vous rasseoir !

Hermann Göring retourne à sa chaise.

Hermann : Que voulez-vous savoir ? Mon frère n’était pas membre du Parti.
L’officier américain : Nous le savons. Mais c’est vous qui l’aviez fait nommer comme directeur des exportations aux usines Skoda en Tchécoslovaquie, il avait donc des affinités avec le Parti.
Hermann : Nein !
L’officier américain : Ce genre de poste était réservé aux hauts dirigeants du Parti Nazi, vous avez forcément usé de votre pouvoir pour le placer. Nous savons que vous l’avez rencontré en Italie peu de temps avant sa nomination.
Hermann : Nein ! Je n’ai rien à voir dans ceci. Je l’ai en effet rencontré. A l’époque, il travaillait dans la branche italienne de la Tobis Sascha Film à Rome. J’étais à San Remo en visite officielle, il est venu me prévenir qu’il avait accepté cette promotion professionnelle. Par pure courtoisie car j’étais le chef de famille.
L’officier américain : Il est venu vous prévenir…par courtoisie ?
Hermann : Je veux bien croire que celle-ci n’a jamais existé dans votre pays mais chez nous elle est restée dans les traditions.
L’officier américain : Je suis sûr que les survivants des camps en sont convaincus.

Agacé, Göring balaye d’un revers de la main la remarque de l’officier américain.

Hermann : C’est Bruno Solezcki, un ami de la famille depuis de longues années, qui l’a proposé au directeur Vilém Hromádko. Albert a toujours été un opposant au Parti, ils ont dû penser que sa présence serait un atout précieux dans leur entreprise. Les tchèques n’étaient pas ravis d’être passés sous l’autorité Allemande. Et de la mienne. J’étais responsable du réarmement du pays. Les armes qui sortaient de la manufacture Skoda étaient très réputées.
L’officier américain : Bruno Solezcki ?
Hermann : Oui…vérifiez.
L’officier américain : C’est le nom que m’a donné votre frère, il y a une heure.
Hermann : Ah ! Vous voyez… (Plus posé) Laissez donc Albert tranquille…Vous ne courez pas après le bon Göring.

Noir à cour et au centre.


[1] Partie du dialogue tirée du film "Nuremberg" réalisé par Yves Simoneau.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire