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mardi 17 mars 2015

EXTRAITS



Acte 1


Acte 1 Scène 1
(La conteuse, Albert, Adolf, Hermann, le SS)

Une vieille femme arrive sur scène et se place au centre de la scène avec un seau et une brosse. Elle s’adresse face public.

La conteuse : Vous êtes bien installés mes petits-enfants ? Oui ? Il le faut. L’histoire que je vais vous conter n’est pas très heureuse, même si elle se termine plutôt bien. Elle se situe à une période sombre dans un pays pas si lointain du nôtre. (Elle s’agenouille et commence à frotter le sol.) Il y a des preux chevaliers, des héros, des traîtres et de méchants rois, des princesses à sauver, des monstres et des dragons mais…tous se sont débarrassés de leurs artifices, de leurs déguisements et ont un visage curieusement humain.

Un soldat arrive à cour et balance sa matraque de droite à gauche en la regardant. Il porte l’insigne des SS sur la manche de son uniforme.

Le SS : Plus vite ! Schnell ! Schnell !
La conteuse : (S’activant à frotter) Le pays a subi une guerre de quatre longues années et des millions de gens sont morts. Il se redresse difficilement de cette épreuve, ceux qui l’ont battu sont impitoyables, ils ne veulent pas qu’une telle atrocité se reproduise. Pourtant, à cause de leur sévérité, un homme, brillant orateur et grand manipulateur des foules va se révéler, pour mener une fois de plus le pays à sa perte et le monde à la folie.

Sur le balcon, éclairé en contre-jour à travers la porte fenêtre, un petit homme sort et regarde face à lui, avant de dresser un bras tendu. On distingue le brassard de la croix gammée à son autre bras.
Un autre homme, plus gros, apparaît aussi en contre-jour et se tient en retrait tendant le bras lui aussi.

La conteuse : Ils se nomment Adolf Hitler et Hermann Göring. Leurs rangs de partisans grossissent jour après jour. Ils persécutent un peuple qu’ils jugent responsable de tous leurs maux.

Sur le balcon, Hitler et Göring repartent en coulisses en se félicitant mutuellement.

La conteuse : Un autre homme, plus discret, moins connu, va se dresser face à eux. Il n’est d’autre que le propre frère d’Hermann.
Un homme que l’Histoire a oublié jusqu’à son nom dans des tonnes de comptes-rendus et de rapports.

Albert Göring arrive derrière le panneau à jardin et voit la vieille femme frotter le sol.

Albert : (au soldat SS) Qu'est-ce qui se passe ?
Le  SS : Heil Hitler !
Albert : Heil mes fesses ! Je vous ai demandé ce qui se passait !
Le  SS : Ordre du Führer, Herr Göring ! Cette femme juive doit récurer la rue !
Albert : Avec une simple brosse ? Vous plaisantez ? Cette rue n'a pas besoin d'être nettoyée, elle est parfaitement propre !
Le  SS : Non, elle a été salie par ces Juifs, elle doit être récurée ! Ordre du Führer !
Albert : (à la conteuse) Madame, relevez-vous.
La conteuse : Non... non... je vais nettoyer...
Albert : Ordonnez-lui d'arrêter !
Le  SS : Nein ! Elle arrêtera quand la rue sera propre !
Albert : (retroussant ces manches) Très bien dans ce cas,  je vais faire comme elle !

Il prend une brosse dans le seau et se met à frotter. La vieille femme est effarée.

La conteuse : Qu'est-ce que vous faites ? Vous allez nous faire tuer...
Le  SS : (perdant de son assurance) Herr Göring! Vous ne pouvez pas....
Albert : Mais si je peux ! Et mon frère sera ravi de savoir que je participe à l'effort collectif pour le nettoyage de cette rue !
Le SS:  Herr Göring!  Arrêtez ! C'est dégradant !
Albert : Je m'arrêterais quand elle s’arrêtera.
Le  SS : Mais....mais....
Albert : (frottant énergiquement) Il va drôlement être propre ce trottoir... faudra penser à essuyer vos bottes.
Le  SS : Stop !... (À la vieille femme) Cessez de nettoyer ! Arrêtez immédiatement !

Elle s'arrête et attend sans un mot. L'officier regarde Albert Göring qui se relève en s'essuyant les genoux, ne sachant pas quoi faire. Il finit par tourner les talons et repartir à cour.

La conteuse : Herr Göring...qu'est-ce qui vous a pris de faire cela ?
Albert : C'est terminé. Vous pouvez rentrer chez vous. Cet imbécile ne  vous ennuiera plus désormais.
La conteuse : Votre frère ne vous protégera pas éternellement...
Albert : (doucement)  Rentrez chez vous, Madame. Les loups seront bientôt de retour.

Il sort. La vielle femme se relève et ramasse son seau et sa brosse.

La conteuse : Je tiens cette histoire de ma mère et de mon père. Il m’a sauvé quand j’étais petite, il a en fait sauvé toute notre famille. Son nom ? Albert Göring. Mais on l’appelait « le bon frère ».

Noir. Elle sort.

Acte 1 Scène 2
(Albert, l’officier américain, Oskar Pilzer)

Lumière à jardin et à cour. Albert est assis sur un des sièges à jardin et attend. Un officier américain arrive à cour avec un dossier en main. Il s’arrête un instant lit quelque chose puis repart jusqu’à Albert.

Celui-ci se lève dès qu’il est près de lui.

L’officier américain : Restez assis, je vous prie.

Il se rassoit. L’officier va sur le mur et dénoue deux ficelles. Un drapeau américain se dévoile. Il s’installe face à Albert et rouvre son dossier.

Lumière uniquement à jardin.

L’officier américain : Mr Göring, nous avons dû vérifier certains points de votre précédent interrogatoire avant de pouvoir continuer.
Albert : Je comprends.
L’officier américain : Qu’elles étaient exactement vos relations avec votre frère Hermann ?
Albert : Mon frère…En tant que personne privée ou en tant qu’homme d’État ?
L’officier américain : Les deux.
Albert : En tant que frère, nous étions très proches. Il m’a toujours aidé. En tant que homme d’État, je n’ai pas eu de relations avec lui.
L’officier américain : Vraiment ? Vous ne vous êtes jamais inscrit au Parti national socialiste ?
Albert : Nein. A partir de 1923 j’ai été toujours un de ses plus farouches opposants et il était hors de question que j’ai des relations avec lui ou ce salopard d’Hitler.
L’officier américain : Vous dites avoir été blessé deux fois lors de la première guerre, vous étiez dans l’infanterie dans un régiment de communications.
Albert : C’est cela même.
L’officier américain : Qu’avez-vous fait après ?
Albert : J’ai repris mes études à l’université technique de Munich. Puis, j’ai trouvé un emploi de représentant chez Junkers, le fabricant d’avions. Dans l’unité des chaudières et des refroidissements. En 1933, pour m’opposer au régime nazi, je demande et j’obtiens la nationalité autrichienne.
L’officier américain : Vous avez changé d’emploi ensuite ?
Albert : Oui en 1934. Je fournissais du matériel à la  Tobis Sascha Film. J’ai rencontré son directeur Oskar Pilzer.

Lumière au centre sur le balcon. On entend des bruits de la rue. Voitures qui passent, freins de camions, klaxons. Un homme bien habillé apparaît avec un cigare. Il fait un signe de la main dans leur direction.

Oskar Pilzer : Herr Göring ! Herr Goring ! (Albert l’aperçoit) Venez ! Montez !

Albert contourne le panneau à jardin et disparaît en coulisses. L’officier américain gardera sa position, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que la lumière s’éteigne de son coté.
Albert Göring arrive au balcon aux côtés de Pilzer.

Albert : Mr Pilzer, merci pour votre invitation.
Oskar Pilzer : C’est naturel. Vous faites du très bon travail en nous fournissant votre matériel pour la conservation des bobines. Un cigare ?
Albert : Non merci.
Oskar Pilzer : Un verre alors ?
Albert : Volontiers.

Il quitte le balcon avant de revenir avec deux verres.

Oskar Pilzer : Santé !
Albert : Santé !

Ils boivent.

Oskar Pilzer : Comment trouvez-vous Vienne ?
Albert : C’est une ville magnifique.
Oskar Pilzer : Plus belle que Berlin ?
Albert : Plus respirable en tout cas.
Oskar Pilzer : J’aimerais vous faire une proposition. Accepteriez-vous de travailler pour la Tobis Sacha Film ? Comme directeur technique.
Albert : J’ai déjà un emploi.
Oskar Pilzer : Je sais que cela vous plaît de moins en moins.
Albert : Vous seriez prêt à accorder votre confiance à un Göring ?
Oskar Pilzer : Vous avez demandé la nationalité autrichienne l’an dernier. J’en conclus que vous êtes contre toute cette folie qui s’est emparée de l’Allemagne.
Albert : Contre ? Je défie mon frère, Hitler et le Parti national socialisme…
Oskar Pilzer : Vous n’avez pas froid aux yeux et ça me plaît beaucoup chez vous. Alors ? Accepteriez-vous ?
Albert : Que devrais-je faire ?
Oskar Pilzer : Rien d’insurmontable au vu de vos compétences. Je vous épaulerais durant les premières semaines. Et je sais que vous ne rechignez pas à travailler avec des Juifs.
Albert : Je sais que beaucoup ont dû fuir l’Allemagne parce qu’ils ne trouvaient plus d’emploi.
Oskar Pilzer : C’est vrai. Et nous sommes beaucoup dans le milieu du cinématographe. Toute cette culture, ça va vous changer. Je serais ravi de vous avoir dans nos rangs.

Noir sur le balcon. Lumière à jardin. Albert revient s’asseoir face à l’officier américain. Celui-ci ne réagira que lorsqu’Albert s’adressera à lui.

Albert : J’ai évidemment accepté. J’ai passé quatre années fantastiques à côtoyer des artistes, des producteurs et des réalisateurs. Puis en 1938, il y a eu l’Anschluss.
L’officier américain : L’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Entre-temps votre frère est devenu l’un des hommes les plus puissants, Hitler l’avait même désigné comme son successeur. Vous étiez à son mariage ?
Albert : Nein. Toute la famille y était sauf moi.
L’officier américain : Nous avons vérifié. Pas même présent sous un faux nom ?
Albert : Nein ! Pourquoi aurais-je fait cela ? Je vous ai parlé d’Oskar Pilzer. Je lui ai sans doute sauvé la vie. Je l’ai fait libérer le jour suivant son arrestation.
L’officier américain : Grâce à votre frère ?
Albert : Grâce à mon nom ! Malheureusement, il est mort un an après à Paris.
L’officier américain : Oui. Bien dommage, son témoignage aurait été bien utile. Et la liste que vous nous avez fournie des gens que vous avez aidés est difficile à évaluer.
Albert : Cessez donc ce jeu.
L’officier américain : Quel jeu ?
Albert : Mon frère est ici même à Nuremberg. Cellule N° 5. C’est sur lui que vous enquêtez à travers moi. Dites-moi ce que vous voulez savoir.

L’officier américain le regarde un moment sans un mot puis ouvre son dossier à une page.

L’officier américain : Fort bien. 12 mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche. Votre seconde femme est morte quelques semaines auparavant. Le 27 mars, Hermann Göring arrive à Vienne. Vous le recevez chez vous le soir même. Racontez-moi.

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